amel zmerli

Présentation

Mercredi 30 novembre 00h00

A propos de l'émission d'Alain Venstein

Paul Célan exercce une une fascination qui résulte de la recherche à laquelle il invite, les plans de lecture auxquels sa poésie se prête parfois a malheureusement. été déviée, comme on le dirait d'une rivière par rapport à sa destination. Cela tient à la polysémie de sa poésie, sa richesse sémiologique qui en fait un poète d'un accès difficile dès le départ, et dont l'oeuvre est allée vers l'obscurcissement. Le sens de cet obscurcissement ne peut se comprendre qu'à la lueur de certains événements qui ont marqué la vie de Paul Célan, notamment lorsqu'il fut accusé de "pillage" littéraire sans autre forme de procès par la femme d'un écrivain, mais on ne peut se contenter de cet épisode affligeant pour comprendre la nature de cette obscurcissement; j'avancerai l'hypothèse qui n'engage que moi, que son oeuvre même en était porteuse, et qu'elle ne pouvait que s'y rendre, comme à un rendez-vous que l'on ne peut manquer.

Comment lire Célan ? Il y a des clés de lecture qui sont l'attention même à la lecture et à sa biographie bien que pendant longtemps La critique se soit refusée à recourir à la biographie comme éclairage de l'oeuvre. On ne peut ignorer que les livres qu'il a fait siens, ses lectures ont été inoculées dans ses poèmes. Il y a dans la création du poème, un centre de gravité, il y a des poèmes qui ont été écrits de façon fulgurante, extatique.

Les renvois à Trakl et à Rilke ne peuvent être ignorés. Célan invente une langue sophistiquée, mots qui renvoient à des processus internes du poème, qui n'ont pas pu être récupérés par le nazisme.

Aujourd'hui sur Raymond Federman

Mercredi 30 novembre

Raymond Federman : un très grandd écrivain francophone "boudé" par les Français


“Je ne fais aucune différence entre ce qui m’est arrivé et ce que j’imagine m’être arrivé. Entre la mémoire et l’imagination”… cette phrase de Raymond Federman résume comment ce grand écrivain procède quand il écrit. Lorsqu'il écrit, il défile une histoire qui s'efface à mesure qu'elle se raconte. Lorsqu'il parle des nouilles, l'écriture les a mangées, tout comme ces nouilles qu'ils avaient mangées comme unique festin en arrivant aux Etats-Unis, où les "nouilles" étaient son plat quotidien. Cette écriture "gommante" 'est sa façon à lui de se défaire de la lourdeur d'un passé dont on sait qu'il fut terrible. Pourtant dans cette mise en scène d'un réel inapprochable que par la fiction aussi réaliste soit-elle, n'est pas dépourvue d'un humour qui lui appartient en propre, qu'il n'hésite pas à qualifier de "jaune". Peut-être comme la croix jaune que l'on obligeait les Juifs à exhiber sur leur vêtement. Sauvé de la déportation par sa mère qui le propulse dans un débarras, sur le palier, le jour de la rafle du Vel d’Hiv; il ne lui restera que ce “Chut” maternel en guise d'adieu. Il émigre aux États-Unis, gagne sa vie comme ouvrier, puis comme soldat en Corée, avant de devenir professeur d’université, grand ami et spécialiste de Samuel Beckett. C'est en allant au bout de son travail universitaire sur Beckett qu'il n'épargne pas pour autant, qu'il se mettra à écrire. Inclassable, il donne un grand coup de pied ou de tête dans le monde littéraire, bouscule les codes du roman, ayant toujours eu une vision plastique de son écriture, la mettant en scène tant dans la typographie que dans la disposition sur la page blanche. Il aime jouer sur la duplicité, puisqu'il n'hésite pas à utiliser aussi bien le français que l’anglais dans son œuvre. Sa langue maternelle et sa langue d'adoption. Une écriture plurielle où plusieurs “Je” se superposent, un narrateur, un enregistreur, un écouteur, sans parler du public qui intervient dans le récit pour poser des questions; l'intertxtualité tient une place dominante dans cette oeuvre qui se découvre pour mieux faire disparaître ce à quoi elle se livre. Federman s'obstine à se souvenir afin d'oublier. Ou plutôt pour ne plus avoir à y penser puisque c'est dit, pour ne plus avoir à y revenir. Ce matériau riche et éclaté essentiellement à l'oeuvre à travers " La Voix dans le cabinet de débarras", "Amer Eldorado" et "Quitte ou double" rend compte d’une œuvre très singulière qui invente une forme théâtrale fragmentée, rythmée, où l’écriture se matérialise dans l’espace. Corps et mots en interaction permanente créent un univers verbal, oral et visuel au plus proche de celui de cet homme qui s’est obstiné à vivre, animé par le désir furieux de vivre.... "Le genre de littérature dont nous avons besoin est maintenant ce qui systématiquement érodera et absorbera l'arrangement du spectacle, frustrant l'espérance de son commencement positif, de son milieu, et son extrémité, et de sa résolution bon marché. Ce genre d'écriture sera en même temps économe et denuded, mais rhétoriquement complexe, de sorte qu'il puisse saisir le monde d'une nouvelle manière. Ce genre d'écriture doit créer un espace de résistance à la dévotion aliénée aux images -- au raffinage et le minage du monde par des images. Ce genre d'écriture devrait être comme un temps libre ironique dans l'opacité du spectacle". citation de l'auteur).

Action SIDA

Pour ceux qui ne connaissent pas la revue SIDA, revue d'une très belle qualité et dont le comité de rédaction faisait mouche et les reportages sur certains artistes rendaient l'approche de cette maladie plus aisée. La beauté de la revue contraste avec les ravages de cette maladie, la question qui se pose est de savoir si l'on peut esthétiser la maladie. Cette question n'est pas relative à cette revue qui n'a pas cette seule vocation loin de là, mais de trouver la juste façon de parler ou de présenter une maladie quelle qu'elle soit. Cette question, je la pose à tous ceux qui croyant bien faire ne font que stigmatiser socialement et par là discriminer la personne concernée. L'enjeu est celui du tabou et ce tabou continue de peser lourd dans nos sociétés.

13 /100 des personnes qui ont perdu leur emploi ont été victimes de discrimination.

Mardi 29 novembre

Il ne m'est venu aucun thème à traîter, seul celui d'un remue-ménage d'informations glanées ici et là, ne faisant ménage que par la grâce de l'esprit synthétique. Mais je ne prétends pas posséder cette capacité à mettre en forme aujourd'hui l'étendue des informations que j'ai recueillie, la problématique m'échappe et je préfère ne pas m'avancer à de la simple opinion, d'ailleurs j'appartiens ou plutôt je n'appartiens pas à ceux qui ont des opinions sur tout et pour le dire avec un brin d'arrogance surtout des opinions. Les opinions ne sont à mes yeux que des idées inabouties, donc ne sont pas des idées au sens fort. L'opinion en soi n'est pas négative, elle est même la condition de la sociabilité, les opinions de comptoir sont parfois riches, amusantes, colorées, et mettent de la vie dans ce lieu où les clients viennent rechercher ce "contact" en particulier. Dans ces échanges d'opinions, idées à l'emporte-pièce, se met en place un rapport de proximité. Le détour par le comptoir fait office de fiction, théatralité d'un jeu à plusieurs, où chacun joue son rôle, le rôle qu'il a envie de jouer, sans aucune contrainte de scénario et où la hiérarchisation des rôles se distribue d'elle-même et reste muable.

On célèbre en ce moment la francophonie et le mot d'aujourd'hui était baveux....

Baveux : ce qui est coulant, relatif à la salive, à ce qui est léger s'agissant de l'intérieur de l'omelette, arrogant quand il s'agit d'une personne, et pourquoi pas perfide s'il s'agit d'une opinion ?

Je proppose :

Opinion baveuse : opinion malveillante, mal intentionnée, qui distille du poison, opinion de quelqu'un qui écume de colère.

Fin de note.

 

La mélancholie

Jean Starobinski, l'auteur du fameux Montaigne en mouvement, nous offre cette fois-ci un ouvrage "Les enchanteresses" où il est question de la mélancholie. A l'occasion d'un entretien avec un psychiatre, il fut dit que la mélancholie n'était pas toujours porteuse de créativité sauf à être reprise en quelque sorte par la plateforme de l'être. On ne peut créer dans la négativité ni dans l'excès de bonheur, la plongée dans les eaux profondes ou l'ascension des cîmes ne peuvent être fécondées qu'à condition de revenir sur ce radeau, cette plateforme qui n'est en rien le radeau de la méduse. L'ouvrage de Starobinski porte essentiellement sur l'opéra. Et parallèlement, pour illustrer le catalogue du Grand Palais sur la mélancholie, il a prêté sa plume pour éclairer les amateurs de peinture qui voudraient en savoir un peu plus sur le paradoxe de la mélancholie.

Yves Bonnefoy, l'essayiste, le poète qu'on sait a été lui-même sollicité pour ce Catalogue sur la mélancolie. Ainsi nous parle-t-il d'un Saint-Jean malheureux, mais ne connaissant pas cette passion de l'âme qu'est la mélancolie. Dès lors que la foi transcende cette passion, les hésitations, les doutes, les chagrins, les deuils ne relèvent pas de la mélancolie. La mélancolie a tout à voir avec l'image, dans un rapport d'idôlatrie avec l'image, ainsi de Baudelaire le mécancolique, excepté lorsqu'il se refuse à se laisser emprsonner dans les images. La mélancolie est le lieu du mirage; l'ennemi de la poésie et par là de la peinture.

Aujourd'hui sur Pasolini

Vendredi 25 novembre 2005

Pour le trentième anniversaire de la mort de Pasolini.... des biographies, des rééditions des livres de l'auteur sont à la vitrine.

Pasolini est un personnage romanesque, sa vie l'a été et sa fin fut tragique comme chacun sait. Parti trop tôt, i nous a laissé néanmoins des films qui constituent un véritable patrimoine. Il a conçu des fims d'une sensibilité hors pair, faisant des tournages avec des acteurs professionnels ou amateurs dont il est difficile de les distinguer tant la direction d'acteurs était parfaite. Ce que l'on pprend avec lui, c'est que le mot amour n’est pas là où l‘on croit. En ce sens, il nous renvoie à un des bijoux de la littérrature psychologique : Adophe de Benjamin Constant.
Le mot amour est très difficile. Le plus difficile n’est pas tant de dire  "je t’aime" même si cela pourrait être interprété comme une forme d'engagement mais plutôt de l’entendre. C’était l’obsession de Benjamin  Constant pour leque le mot amour avait pour lui pouvoir de vie et de mort. Ce "je t'aime"que dit Adolphe à Eléonore qui se meurt, la ressuscite, la fait revenir à la vie mais pour mourir car elle sait que ce "je t'aime" ne vaut que parce qu'elle est mourante et qu'il n'a d'autre sens que la compassion. Toute la littérature est nourrie de cela. Cette digression n'en n'est pas tout fait une....
Pasolini tourne Médée, il convie Maria Callas, oui, La Callas, qui a toujours refusé de tourner. Mais sans connaître Pasoini, elle lui sait un immense talent et ne veut pas rater ce rendez-vous. Pour l'un et l'autre, c'est une rencontre fondamentale. Cette similitude de réflexion a fait qu’ils se sont rapprochés d’autant que le film a eu mauvaise presse à sa sortie. Dire qu'ils se sont aimés, oui d'une certaine manière mais leur vie professionnelle les a séparé. Il est resté cette rencontre, le fruit de cette rencontre, ce qui n'est pas peu..... D'aucuns diront qu'elle aurait failli perdre sa voix en faisant cette expérience théâtrale, mais n'était-ce pas le meilleur moyen de lui faire prendre conscience que les tournages n'étaient pas faits pour elle et qu'il fallait qu'elle regagne sa chère scène. Si dérive il y a eu, elle a retrouvé son chemin.

Aujourd'hui sur Huysmans

Jeudi 24 novembre

Joris-Karl Huysmans (1848-1907) qui signa toujours ses livres J6K Huysmans, aurait été selon les spécialistes tour à tour écrivain naturaliste, décadant et chrétien, ce qui peut paraître paradoxal, du moins pensons-nous qu'il appartient à ces écrivains de la conversion. Comme toujours en pareil cas, l'œuvre de Huysmans échappe à toutes catégories, il demeure inclassable ne serait-ce que par la quête spirituelle acharnée, violente, désespérée, forcenée qu'il conduit. Huysmans n'a pas tant écrit de romans que construit, fomenté des livres, passant de la décomposition à la composition, une certaine critique lui a reproché d'avoir été un écrivain ayant glané chez les autres et d'en avoir fait des collages mais quelle ilusion de croire que l'on peut tout réinventer; "être dans la proximité d'une oeuvre ne signfie pas que l'on s'adonne à la copie"; même si la hantise du vide et de l'abîme, de l'inanité le hantèrent, l'obstination de l'écrivain l'éleva au-dessus de nombre de ses contemporains- et il n'est pas étonnant qu'il prit langue avec Stéphane Mallarmé. On ne sait pas assez, par exemple, ce que Paludes d'André Gide doit à Huysmans, sa postérité est grande, André Breton écrivit, en quelque sorte Nadja dans les marges de En rade et de Là-bas. Ecoutons André Breton : "Je persiste à ne m'intéresser qu'aux livres qu'on laisse battants comme des portes, et desquels on n'a pas à chercher la clé. Fort heureusement les jours de la littérature psychologique à affabulation romanesque sont comptés. Je m'assure que le coup dont elle ne se relèvera pas lui a été porté par Huysmans." Si le coup ne fut pas fatal il aura quand même ébranlé le roman romanesque et permit d'élever à la manière d'un Sade ou plus tard d'un Kafka la littérature comme un art et non par le dépotoir des urticaires de l'homme ordinaire. La vie et l'œuvre de Huysmans furent une vie et une œuvre expérimentales.